24 août 2020

Parc national des Pyrénées : la nature à l'état pur

Parc national des Pyrénées : la nature à l'état pur

Pic du Midi d'Ossau


Ce dossier est issu de Midi, le magazine dominical de La Dépêche du Midi, à retrouver en ligne sur notre kiosque numérique.
Il vous a à l’œil, Henry Russel ! À gauche, à l’entrée du village de Gavarnie, il y a sa statue, qui observe les visiteurs. Juste avant le pont. Attention, ce garde-barrière n’est pas n’importe qui. C’est un amoureux fou des Pyrénées. Henry Russel mélangeait l’aristocratie d’un british (par son père) et l’amour des montagnes d’un Gascon (par sa mère). Il fut au XIXe siècle un des premiers grands explorateurs des Pyrénées.
« Il loue le Vignemale et y fait creuser des grottes où il recevra ses amis, explique David Penin, chargé de mission culture au sein du Parc national des Pyrénées. Ces premiers découvreurs avaient dans l’idée que la montagne n’était seulement là pour accomplir des exploits sportifs ou des observations scientifiques : surtout, elle était là pour se laisser gagner par l’émotion… »
L'émotion grandeur nature
L'émotion grandeur nature - E+ - amriphoto
Une émotion qu’ont vécue des intellectuels et écrivains français, à l’époque où il fallait «se le gagner», Gavarnie avec de longues journées de diligences et d’interminables heures de marche ! George Sand, Gustave Flaubert, Victor Hugo, qui parle de «colosseum»…
Et l’émotion elle vous rattrape par le ventre devant Gavarnie ! Une conque de pierre phénoménale, stratifiée, dentelée, charpentée comme un amphithéâtre pour les dieux, d’où jaillissent en bouquet des cascades à la lenteur majestueuse. Une mâchoire géante qui bouffe la moitié 
du ciel en bavant. L’émotion, elle bloque les mirettes, ouvre la bouche, fige les pieds et fait palpiter l’aorte. Wouah, comme disent les gamins.
Les marmottes font la joie des promeneurs.
Les marmottes font la joie des promeneurs. - DDM - THIERRY JOUVE
« Cette émotion, nous raconte David Penin, c’est celle ressentie, toujours au XIXe siècle, mais aux Etats-Unis, par les peintres et les poètes américains, qui sont tombés sur les beautés stupéfiantes du Wyoming, du Montana ou de l’Idaho. Ce sont eux, qui ont milité dès cette époque pour faire de ces espaces des sanctuaires. C’est ainsi qu’est né en 1872, le célèbre parc du Yellowstone. » En France, les choses ont pris un peu  plus de temps…

Un parc, pour quoi faire

Contrairement à Yellowstone ou à l’Alaska, les Pyrénées sont depuis toujours très fréquentées par l’homme. « Depuis au moins 6 500 ans, c’est-à-dire l’âge du bronze. Il s’est créé ici une société agropastorale qui a remodelé les paysages, poursuit David Penin. Avec des règles de vie propres, et des échanges entre les deux versants. Dès le XVe siècle, sont rédigées les «lies et passeries» qui régissent l’usage des pâturages entre les vallées. »
Gavarnie, à chaque heure du jour, le cirque est différent...
Gavarnie, à chaque heure du jour, le cirque est différent... - iStockphoto - Blecha
Après la Suède, l’Espagne ou l’Italie, la France de l’après-guerre prend conscience qu’il faut, comme aux USA, préserver certains sites exceptionnels. À cette différence que, ici, le parc a pour mission non seulement de protéger la nature, mais de préserver, voire d’encourager cette culture et ce patrimoine local ancestral.
« C’est dans les «colonies» que les premiers parcs ont été créés, au Maroc, en Algérie, dans l’Afrique équatoriale française, à Madagascar, rappelle David Penin. Ils existent toujours dans ces pays. En France, on crée tout d’abord le Parc de la Vanoise, Port-Crau, puis, le Parc des Pyrénées. »
Et tout n’a pas été facile. Lorsqu’on a expliqué aux chasseurs qu’il ne serait plus question d’aller tirer sur la zone cœur du parc, ça a été un tollé. Quant aux maires du coin, ils se sont sentis dépossédés. On a frisé la jacquerie. Mais telle était la Cinquième République du Général : c’était comme ça et pas autrement, le parc a été imposé, et l’on a roumégué dans les chaumières.
La zone cœur est celle de la protection absolue. La «zone d’adhésion», celle, plus étendue, où les communes se sont associées à la démarche du parc.
La brèche de Roland.
La brèche de Roland. - NR - ANDY BARREJOT
Cauterets
Cauterets - NR - NR INES HIRIGOYEN
Des randos à faire en famille
Des randos à faire en famille - E+ - yulkapopkova
Avec le temps, sur place, on a bien vite compris que cette hyper-protection était une bonne chose pour la nature, y compris les chasseurs qui voyaient le gibier prospérer. Et puis, les angles se sont définitivement arrondis à partir de 2006, quand une grande partie du pouvoir de décision a été rendue aux élus locaux, à l’occasion de la réforme des Parcs nationaux.
Du coup, la zone cœur est une zone étroite qui court le long de la frontière espagnole. Elle inclut les trois grands cirques, Gavarnie mais aussi Estaubé et Troumouse. L’ensemble Pyrénées-Mont-Perdu réunit le Parc National des Pyrénées côté français et le parc d’Ordesa en Aragon. Un paradis haut perché inscrit au patrimoine mondial  de l’Unesco.

Virée dans les sentiers et les refuges

Nous voilà donc dans le parc. Attention, il y a des règles à respecter : pas de chasse (mais l’on peut taquiner la truite), pas de survol par drone, pas de camping (pique-nique possible en ne jetant rien dans la nature !), pas de cueillette de fleurs, et nos amis les chiens ne sont pas admis : ils peuvent transmettre des maladies et des parasites aux autres animaux.
« On peut découvrir le Parc à travers six grandes vallées, nous explique Joël Combes, chargé de mission Tourisme durable au Parc national. On trouve toujours des sites d’accueil au bout de la route, il y en a vingt. » Car si Gavarnie est la star du parc, il faut aussi aller se promener du côté du Val d’Azun, du Val d’Arens, au Pont d’Espagne après Cauterets, sans oublier les autres cirques, Troumouse et Estaubé.
On peut y passer la nuit : huit maisons accueillent les randonneurs au fond des vallées, ainsi que dix-huit refuges de montagne. « Ces hébergements sont autonomes, assure Joël Combes. L’énergie est fournie par des panneaux photovoltaïques ou des unités hydroélectriques. On y apprend les «écogestes». C’est un dépaysement total. »

Le parc en chiffres

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